lundi 4 avril 2011

Nouvelles d'élèves de Troisième

du Collège Sully de Rosny-sur-Seine


A – Pour chacune de ces nouvelles, rédigez un texte critique d'une petite dizaine de lignes au moins.
Quelques conseils et règles pour écrire une critique : 
1) Évitez à tout prix une prise de position trop directe, ce serait très maladroit, et finalement inefficace. Essayez d'être plus subtil : l'opinion doit être devinée.
2) Votre critique doit donc être riche : elle doit être fondée sur des arguments objectifs, même si, au fond, il s'agit de prendre parti et d'avoir un point de vue subjectif. Ce point de vue subjectif est un parti pris (pour ou contre), mais il ne s'agit surtout pas de tout ramener à soi et à son petit avis personnel sans le justifier : parlez de l’œuvre, non de vous-même. (Évitez la première personne du sg. “je”, du type « moi personnellement, ça m’a plu, je pense que la nouvelle est pas mal, mais c'est mon opinion, et chacun ses goûts... ! ») C’est à travers ce qu’il apprécie ou n’apprécie pas que transparaît la personnalité du critique : vos arguments doivent permettre de saisir votre positionnement, mais surtout de convaincre que votre avis est fondé. Il s'agit d'être subjectif mais d'avoir des arguments objectifs (qui peuvent d'ailleurs être alimentés par la comparaison avec d'autres œuvres par exemple).
3) Une critique s'adresse à un destinataire qui ne connaît pas a priori votre intention, tâchez donc d’être clair... N'oubliez pas, par exemple, que, pour que votre propos soit clair, votre critique doit situer les passages auxquels vous voulez faire référence...
4) Évitez de refaire l’œuvre en disant ce qui aurait dû être fait (: un bon critique n'est pas forcément un bon romancier, ni un bon nouvelliste...) ; parlez davantage de ce qui a été fait en évaluant son efficacité : repérez les éléments gratuits qui ne servent à rien, mais repérez aussi tout élément significatif pour faire comprendre si c'est une réussite ou non.
5) Aucune structure précise n'est exigée : la critique est un texte libre. (On peut commencer par une phrase du texte par exemple.)
6) Enfin, ne perdez pas de vue que votre critique doit avoir quand-même pour but, et sans que cela soit dit trop directement, d'inciter à lire l’œuvre ou non, ou plutôt ici de motiver un choix ou un refus. N'hésitez pas malgré tout à nuancer votre propos...

Souvenez-vous que vous avez vous aussi eu l'occasion de voir votre nouvelle critiquée, et qu'une critique n'est constructive que si elle est fondée, juste et nuancée...


B – Sélectionnez, parmi ces huit nouvelles, deux nouvelles que vous aimeriez retenir pour le prochain numéro de la revue Rue Saint Ambroise. Votre choix sera justifié par les critiques précédentes que vous aurez rédigées.


A consulter également le travail des élèves de la classe de seconde 5 qui ont constitué un comité de lecture et ont commenté trois nouvelles contemporaines reçues par la revue Rue Saint Ambroise.

Les larmes de l'ange

 
Cela devait bien arriver, car irrévocablement, nous payons toujours pour nos actes.
Moi l'irréductible, je viens d'être arrêté, mais pour une fois, je n'ai pas la haine contre les "flics", mais contre moi même, et je leur suis reconnaissant d'avoir bouclé un monstre.
Il m'ont fait monter dans leur voiture, menottes aux mains puis après, ils m'ont conduit dans leur salle d'interrogatoire. Je suis resté assis là pendant qu'ils me posaient des tas de questions mais la plus pénible d'entre toutes était "pourquoi?". Oui, pourquoi, moi même je l'ignorais et j'étais là, me taisant tandis qu'elle riait, oui elle souriait me regardant de ses grands yeux qui osaient à présent affronter mon regard. J'étais là, impassible et eux, continuaient à essayer de me faire parler, mais à quoi bon, j'étais coupable à point c'est tout, et rien ne pourrait me défendre. Puis l'un d'eux déclara "Ce n'était peut-être qu'un accident, ce n'était peut-être pas votre faute."; à ces mots je sus que je devais rompre le silence. "Non c'est de ma faute, je ne peux pas me défiler derrière la malchance, je dois assumer la conséquence de mes actes!". C'est ainsi que je commençais le récit de ma fatalité.

Tout avait commencé un matin, rien de plus normal, je me suis levé pour aller au lycée, et à croire que tout était écrit pour que ma punition soit suffisante, il pleuvait à torrents, et j'ai raté mon bus. Me souvenant des menaces de ma mère, je me suis mis à courir en direction du lycée. Je suis arrivé en retard, trempé, dans le cours du prof qui "m'aimait le plus" (c'est évidemment ironique). Il nous a annoncé qu'aujourd'hui nous accueillions une nouvelle élève. Elle est entrée et s'est présentée. Elle s'appelait Alice, elle avait l'aire très timide, elle était grande, brune avec des cheveux incroyablement longs, des yeux bleus et les traits fins. Puis comme j'agaçais le prof, j'ai été viré de cours.

Les jours sont passés sans grands intérêt, je continuais à décevoir ma mère par mes notes déplorables et mon comportement. Puis arriva le jour du bal du lycée, nous étions, malheureusement pour les surveillants, tous invités.
Le soir de la fête, j'étais avec des amis, on s'amusait plutôt bien Alice est arrivé vêtue d'une robe violette, puis comme elle nous regardait et qu'elle était seule dans son coin, mes amis se sont moqués d'elle puis devant tout le monde ils ont dit bien fort qu'elle était « moche » et autres idioties. Moi, j'y ai participé. Je pense que comme beaucoup d'autres filles, elle avait craqué pour moi, la pauvre. Alors, sans doute poussée par sa timidité, elle a quitté la salle, les larmes aux yeux sous les éclats de rire des autres élèves présents. Cet incident déjà oublié nous sommes sortis moi et quelques amis pour fumer. La cigarette consumée, je l'ai jetée près d'un arbre, et là tout s'est passé très vite, l'arbre au pied duquel il y avait des branches mortes a pris feu, puis la maison abandonnée se trouvant juste à côté aussi. Et moi, surpris et lâche, je me suis sauvé. Un peu plus tard dans la soirée, en regardant la télévision, j'ai vu dans le journal local l'annonce de l'incident et j'ai aussi appris qu'ils avaient trouvé un mégot ayant probablement causé l'accident et qu'ils allaient procéder à des analyses dessus. Me sachant fiché comme délinquant, j'ai alors pris la décision de partir, je pris quelques affaires ainsi qu'un peu d'argent et j'ai pris le bus. Je ne savais pas vraiment ou aller, je déambulais dans les rues d'une ville inconnue, j'étais étourdi et tout à coup, je ne pouvais plus respirer, c'était comme si on m'étranglait, je sentais des mains qui serraient de toutes leurs force autour de mon cou. J'ai ouvert les yeux et j'ai entrevu cette silhouette effrayante. Elle avait les cheveux très courts, était vêtue d'une sorte de cape à capuche bleu sombre et flottait dans les airs en riant de manière inhumaine. Mais ce qui m'a glacé le sang, est le fait que l'on ne voyait pas ces yeux, cachés dans l'ombre de sa grande capuche, ne dit on pas que les yeux sont le miroir de l'âme. Mais après mon regard, comme si elle me craignait, elle a disparu en hurlant que je ne m'en sortirais pas. Après quoi, je me suis inquiété, je devenais fou. J'ai payé une chambre d'hôtel, et j'ai dormi.

Cette nuit là, j'ai rêvé, j'étais hanté par des cris de douleur, des visages avalés par les flammes et son visage, son allure vindicative, puis je me suis réveillé, j'avais envie de vomir et en passant devant le miroir, j'ai ressenti un profond dégoût pour moi-même, pourtant je n'avais pas changé depuis hier. Ne pouvant pas me rendormir j'ai allumé la télévision, et à ce moment, une révélation de taille m'attendait je faillis succomber au choc. La présentatrice déclara que le corps d'une jeune fille avait été découvert dans la maison abandonnée. J'étais bouleversé, je venais de passer de l'état de pyromane à celui de monstre. Je me détestais moi même, et cette nouvelle m'a fait vomir sans arrêt pendant presque une demi heure. Ma souffrance était indescriptible et j'étais tellement faible que je m'évanouis. Je l'ai revue, je me suis excusé, elle a rit. C'est vrai que même les excuses les plus sincères valent peu à côté d'une vie. Alors d'une façon singulière elle m'a dit que seule une vengeance équivalente pourrait l'apaiser. Je sus alors qu'il n'y avait qu'une seule chose à faire. En me réveillant, j'ai passé quelques coups de téléphone, puis je me suis retrouvé dans les bureaux de la police.

En écoutant mon témoignage j'ai aperçu une lueur de pitié dans leurs yeux, pitié dont je ne voulais pas. Puis, l'un des policiers m'a dit: "Tu sais...n'importe quel jury te croira, moi même je suis persuadé que tu dis la vérité, tu pourrais avoir une remise de peine. Je lui ai répondu que la seule chose qui m'apaiserait serait d'avoir ce que je mérite un point c'est tout. Puis j'ai demandé si accompagné d'eux je pouvais sortir. Ils m'ont répondu que oui et m'ont accompagné. Menotté, j'ai respiré un grand coup j'ai regardé la lune. J'ai vu une voiture se garer, j'ai vu un homme ouvrir la fenêtre, j'ai entendu un coup de feu, j'ai senti mes jambes flancher, une immense douleur m'envahit et je m'effondrai. Cette homme était maon deuxième coup de fil, c'était l'homme qui l'aimait probablement le plus au monde, l'homme à qui j'avais volé un trésor. Tandis que mon âme quittait mon corps, elle posa ses lèvres sur les mienne et me dit "merci".
Je l'avais vengé                                                                     
La morale à cette histoire (car il y en a toujours une) peut être « tout acte a une conséquence », ou encore « fumer tue ».

                                    Sophie Bezirard

Un Rêve


Une jeune adolescente de seize ans s’appelait Taniya. Elle vivait dans une ville assez populaire et peuplée, mais elle était là parmi tant d’autres… Mais on la distinguait parfaitement des autres, car son physique était peu attirant, voir « hideux » selon ses camarades de classe. Une peau pâle, des cheveux épais d’un noir corbeau lui arrondissaient le visage plus qu’il ne l’était déjà… et oui, elle était obèse. Comme toujours, et pour tout le monde dans ce cas-là, les personnes obèses sont complexées et surtout dévisagées. Orpheline depuis qu’elle avait deux ans, elle était dans une famille d’accueil tout à fait exemplaire. Gentille, attendrissante, leur fils, Edward, avait le même âge qu’elle, il n’est pas du tout comme les autres, il l’acceptait telle qu’elle était. Contrairement aux autres, le physique pour lui ne comptait pas vraiment, tout était dans le caractère et le cœur. Ce qui pouvait en surprendre plus d’un, était qu’ils ne se quittaient jamais, même si ils n’avaient pas le même sang. Lorsque Taniya est en quelque sorte embêtée par certaines personnes, Edward lui venait tout de suite en aide.
Aujourd’hui, comme tous les jours, Edward et Taniya allèrent au lycée ensemble. Ils étaient dans les couloirs qui sentaient la peinture fraîche qui venait du réfectoire en reconstruction. Un petit groupe de filles habillées de manière provocante et dénudée, regardaient Taniya d’un mauvais œil.
« _ Alors la dinde ? On se dandine avec son garde du corps ? Demanda la plus grande d’entre elles grâce à ses talons.
_ Vous feriez mieux de vous taire les babouines. Lança Edward qui avait l’habitude de contre-attaquer ce genre de propos.
_ Laisse-les, elles en valent pas la peine ces planches à pain. Disait Taniya »
Edward en rigolait, et ils partirent pour aller en cours. Evidemment, ils étaient dans la même classe, mais ils étaient loin l’un de l’autre. Alors qu’Edward était près de la fenêtre au fond de la classe, Taniya était près de la porte devant le tableau. Le cours de Philosophie commença et après quelques minutes, un papier circula pour arriver jusqu’à Taniya sans que le professeur de le remarque. Edward le remarqua mais ne pouvait rien faire de là où il se trouvait. Elle ouvrit le petit papier et lu : « Casse-toi salope ! T’as rien à foutre ici GROSSE VACHE ! » Elle chiffonna le papier et le mis dans sa trousse en attendant la fin de l’heure. Mais sa seule pensée pour le moment était la suivante : « Il ne faut pas qu’Edward trouve le papier. Je ne veux pas l’inquiéter plus qu’il ne l’est déjà avec tout ça... »
Mais ce genre de choses arrivait souvent et elle ne se laisse jamais impressionner. La fin de la journée était enfin arrivée, le calvaire était terminé ! Ils sortaient tous du lycée sauf eux deux, ils étaient dans la salle de musique où se trouvait un piano. Edward s’installa près du piano mais juste pour pouvoir observer Taniya en jouer. Elle commença à jouer du piano dont cette mélodie était une chanson moderne et elle se mit à chanter. Il était envoûté par cette voix mélodieuse qui remplissait tout le lycée. Il était si fier de sa demi-sœur, elle était si incroyable, mais c’était dans ces cas-là qu’il voyait la réalité en face. Il savait que tous ces regards rivés sur elle étaient douloureux à supporter. Il se sentait impuissant dans ce genre de situation, c’est pourquoi, il faisait en sorte de la protéger. Alors qu’il était plongé dans ses pensées, elle avait fini et elle le fixa un instant. Il ne s’en rendait pas compte, son regard était tellement vide et triste… Elle se leva et posa sa main sur l’épaule de son demi-frère.
« _ Tu t’inquiètes pour rien. » Murmurait-elle
Il retrouva alors ses esprits, il se tourna vers Taniya et il lui demanda :
« _ Tu as dit quelque chose ?
_ Juste qu’il est l’heure d’y aller. »
Ils se levèrent, prirent leurs sacs et sortirent du lycée. Comme toujours, ils rentrèrent à pieds et sur le chemin, toutes les lumières étaient allumés car la nuit était déjà tombée. Une odeur de sucre se baladait dans les rues où se trouvait toutes les boutiques de la ville.
« _ De la barbe à papa … lançait Taniya en extase.
_ Tu en veux ? Demandait-il »
Elle aurait voulu, mais son poids actuel ne lui permettait pas et elle le savait.
« _ Non merci. Rentrons à la maison... »
Edward aussi le savait, mais il n’aimait pas qu’elle ne se fasse pas plaisir ne serait-ce qu’un peu. Une fois rentrés, Taniya se mit à préparer à manger car ses parents travaillaient. Edward, lui était à l’étage, dans sa chambre et faisait ses devoirs. Le téléphone sonna en bas et Taniya décrocha car Edward n’avait pas accès au téléphone.
« _ Allô ? »
Mais il n’y avait aucun bruit à l’autre bout du fil, même pas le ‘Bip bip bip’ qu’il y a lorsque quelqu’un à raccroché.
« _ Allô ? Dit-elle en commençant à insister. »
Mais toujours rien, elle raccrocha alors, elle savait bien que ce n’était pas un faux numéro. Elle continuait donc de couper les légumes pour le dîner. Puis trois minutes plus tard, le téléphone sonna encore. Edward qui était devant son bureau, entendit la sonnerie du téléphone. Taniya fixait le téléphone et finit par décrocher.
« _ Allô ? »
Mais toujours personne au bout du fil, elle raccrochait et continuait à couper les légumes, et le téléphone se remit à sonner encore une fois. Edward descendit les escaliers rapidement et lorsqu’il arriva dans la cuisine, il vit Taniya le téléphone à la main.
« _ Allô ?! Arrêtez d’appeler ! Lançait-elle
_ C’est qui ? Demandait Edward »

Elle lui tendit le téléphone et il allait prononcer quelque chose, mais il ne dit rien pour attendre que la personne à l’autre bout du fil réagisse. Puis il y avait un ‘bip bip’ comme lorsque quelqu’un avait raccroché. Edward posa le téléphone et débrancha la prise téléphonique.
« _ On sera tranquille là au moins. Disait-il avec le sourire »
Mais Taniya ne put retenir ses larmes. Elle en avait marre que les gens la poursuive jusque chez elle, il mit sa main sur sa tête pour la réconforter à sa manière, elle sentait une main très grande et chaude sur ses cheveux.
« _ Sèche-moi ses larmes. »
Elle essuyait ses larmes avec ses manches.
« _ Va te rafraichir les idées, je vais commander à manger. Ce soir ce sera Italien ! »
Elle monte dans la salle de bain et ouvrit l’eau pour prendre un bain. Elle s’installa dans l’eau chaude et moussante et elle ferma les yeux et finit par se détendre après une aussi dure journée, même si ça devenait le quotidien. Ne pouvait-elle donc pas être vue normalement sans que les gens lui fassent remarquer qu’elle était différente ? Elle voulait simplement que les gens lui fichent la paix ! Mais c’était trop demander ! Tout le monde l’observaient et discutaient derrière son dos juste parce qu’elle est plus poilue que les autres, parce qu’elle prenait facilement du poids… C’était ce qui la rendait malheureuse. Car même après beaucoup d’efforts pour perdre ses kilos en trop, elle avait été hospitalisée pendant deux ans dans un hôpital accueillant les jeunes dans son cas. Mais elle avait seulement perdu un kilo pour deux ans d’efforts. C’était pour ne pas prendre du poids qu’elle pratiquait du sport en dehors du lycée, elle faisait du tir à l’arc, du karaté, du judo, de la boxe, ainsi que de la natation.
Aujourd’hui était le jour où elle n’avait pas de sport donc, elle allait dans la salle de musique pour pratiquer. Même avec tout ce sport, elle ne perdait rien… Pas même un seul gramme, la vie, le destin s’acharnait contre elle. C’était injuste. C’était ça sa conclusion. Elle sortait de la douche, se mit une serviette sur le corps et se fixa dans le miroir, elle avait une cicatrice dans le haut du dos, qui devait faire deux à trois bon centimètres. Cela lui avait été fait lorsqu’elle avait été trouvée par l’agence d’adoption, elle avait été trouvée à deux ans dans une forêt de l’est du pays. Sa maison et sa famille avait péri dans un incendie, cette cicatrice avait été là, on ne sait pas comment, elle avait réussi à se planter une lame de couteau de cuisine, dans le dos. Jamais Taniya ne voulait en parler et de toute façon elle n’en avait aucun souvenirs. Elle s’habillait et allait manger avec Edward dans le salon.

Les jours passaient et étaient tous pareils jusqu’à arriver au jour où c’était la fin de l’année scolaire. Une représentation avait lieu et comme convenu Taniya pouvait y participer comme invitée surprise. La représentation se passait dans le gymnase énorme du lycée, et une foule plus que gigantesque était présente, elle stressait à cette idée de passer devant tout ce monde. Edward la réconfortait et la détendait comme il pouvait.
« _ Bonne chance.
_ Merci »

 Une fois le dernier groupe passé, le principal prit le micro et fit une petite annonce.
« _ Bonsoir à tous. Voilà, nous avons décidés de faire venir une invitée surprise qui va nous jouer un morceau au piano. Veuillez l’acclamer comme il se doit ! »
Taniya monta sur scène et prit le micro sous les acclamations des professeurs… c’était les seuls en effet.
« _ Je sais que cela peut être surprenant, mais j’aimerais que vous m’écoutiez ce soir. Malgré les apparences—  »
Elle fut interrompue par une fille qui lui lança de la nourriture du buffet. Taniya tachée, elle continuait tout de même son discours.
« _ Je tiens à vous montrer qu’on a tous une qualité, quelle qu’elle soit. Merci à ceux qui m’ont soutenue très longtemps. »
Sale, elle était recouverte de tomates, de sauce aux champignons qui accompagnait la viande. Des carottes râpées étaient aussi dans ses cheveux… Elle avait un peu de tout. Elle prit donc place devant le piano, elle inspira, remua les doigts et le silence régnait dans la salle. Les filles avaient arrêté car elle trouvait que c’était énervant qu’elle ne réagisse pas à ça. Toute personne normale aurait été énervée qu’on lui lance ça à la figure. Elle se mit alors à jouer une mélodie magnifique, merveilleuse, magique, splendide ! Tout le monde étaient bouche bée. Personne n’en revenait, une personne d’un physique « miteux », faisait quelque chose de si beau… c’était si doux. Quand elle eut terminé, personne n’applaudit, ce qui lui fit peur sur le coup, mais un garçon siffla et applaudissait, les autres suivaient, les filles battues à plates couture, abandonnaient et applaudissaient elles aussi. Tout le monde l’applaudissait, la reconnaissait comme quelqu’un ayant un talent.
Le bonheur faisait maintenant prenait place, comme quoi l’habit de faisait pas le moine et le malheur fini toujours par laisser place au Bonheur.

Anarchie galactique


Le vent sifflotait, effleurant légèrement les nombreux oiseaux perchés sur l'arbre millénaire, en ce lieu considéré comme le doyen de la nature, par les Anciens. Un pandémonium. Des bruits infernaux de turbines et de réacteurs en surchauffe, embrasant la végétation, jusque-là vierge. L'arbre, vieux de ses mille ans d'existence, s'affaissa brutalement sous le poids inimaginable du croiseur interstellaire, qui venait d’atterrir sans complexité. Les oiseaux s'envolèrent vélocement, vers un nouvel abri, certains d'entre eux furent immolés, intolérablement. Telle était la guerre.
Le village Lumyen, surplombait l'immense plaine, et certains guerriers regardèrent avec exécration, les soldats humanoïdes, sortant frénétiquement de l'immense hangar du croiseur. Personne, aucune personne n'avait franchi un pas sur la planète depuis longtemps, et le grand chef le savait, malgré que ses sentiments fussent le plus souvent humbles - ce qui est inhabituel pour un Lumyen - il savait que l'arrivée des troupes armées de l’Organisation Galactique était nuisible pour leur havre de paix. La guerre n'arrangerait aucunement la situation de sa tribu et des autres aux alentours, et l'ancien connaissait cette situation, semblable à celle où les clans se battaient sans relâche, pour montrer leur supériorité, mais au final, c'était une force commune qui vainquait.
Un cercle se forma autour du flamboiement sempiternel du feu de camp. Chacun s'agenouillait, et les aborigènes implorèrent les dieux de la nature, pour leur venir en aide, et comprendre l'arrivée si inopinée des troupes aux casques livides et à la marche frénétique. Le gourou jeta une poudre opaque dans le feu et les braises jaillirent près des fidèles animistes. Ils chantèrent tous ensemble des chants d'une extrême beauté. Intempestivement, un soldat insoucieux fit son apparition. Des murmures se firent entendre, mais pour calmer les individus, le chef du clan répondit brusquement à l’humanoïde.
« Vad vill du ? »



Les natifs savaient pourquoi ces soldats si dociles, étaient présents sur leur paisible planète. Voilà maintenant plus de trois années standards, qu’une faction répondant au nom de Confédération Galactique Indépendantiste, colonisa leur planète pour soustraire ses riches mines de métaux rarissimes, dans l’unique but de s’enrichir démesurément. Or, ce groupuscule était actuellement en pleine hostilité avec le gouvernement galactique.
Un diplomate fut envoyé dans la métropole Lumyenne, pour tenter de rallier les indigènes à leur cause. Effectivement, les forces majeures de l’Organisation avancèrent immuablement vers le bastion séparatiste, qui protègerait ses occupants, que provisoirement. Le politicien savait parfaitement parlementer, et comme tout bon orateur, séduire son interlocuteur, par la virtuosité des mots. On le fit entrer à l’intérieur d’une habitation primitive, qui servait sans nul doute d’un baraquement militaire. A peine, eut-il le temps d’entrer, qu’il s’adressa majestueusement aux chefs de guerre et plus précisément au chef spirituel Lumyen.
« Alors, alliez-vous à nous et combattons cette corruption qu'est l’Organisation Galactique ! »
Personne n’avait osé jusqu’à lors, déranger la parfaite utopie que formait le peuple Lumyen. Leur idéologie était peu commune avec celle de leurs protagonistes séparatistes, qui jouaient le rôle de diplomates véreux et corrompus. Si cette alliance eut lieue, celle-ci ne serait que temporaire, trop peu secondaire et dérisoire aux yeux de l’émissaire. Cette coalition servira uniquement à éradiquer les soldats de l’Organisation présents sur le terrain et augmenter pleinement le taux de mortalité dans le camp des indigènes, mais aucunement dans le but d’aider les Lumyen.  Certes, la philosophie ploutocrate et radicale de la Confédération Galactique Indépendantiste avait toujours fonctionné ainsi mais la victoire n’était pas encore à portée de mains pour ses membres, dans tous les cas pas encore.
Le droïde interprète traduisait  les paroles du porte-parole séparatiste, dans le vocabulaire le plus clair possible, pour permettre au chef spirituel de la horde, de répondre de façon approbative. Etait-ce le cas présent ? Certainement pas. Le gourou n’était pas un être inepte mais un être doté d’un résonnement, du moins, il savait réfléchir et ne prenait d’aucune façon, une proposition directe d’un gouverneur d’une faction, qui était jusque-là, une antagoniste. Soit, les Lumyen avaient rarement des réunions stratégiques ou politiques mais plutôt des beuveries pour flatter leurs idoles, ce qui n’était pas trivial, pour un chef de guerre de renommée.
Le conseil des indigènes s’était réuni pour ne former qu’un petit groupe, telle une oligarchie. Après maintes réflexions, les membres du plénum avaient pris une décision. Le diplomate séparatiste s’impatientait, sans doute souhaitait-il en finir avec cette guerre. Le chef Lumyen s’approcha du politicien. Il le salua, de sorte à lui faire une révérence, et s’exprima haut et fort, ce qui n’était pas fortuit chez leur race.


« Kara allierade accepterar vi garna ditt erbjudande. »
Si cette phrase peut paraitre sarcastique, elle peut faire preuve de plus de réflexion, surtout pour des guerriers sanguinaires et obtus comme les Lumyen. C’est pour dire qu’ils avaient dû résonner un long moment pour arriver à cette conclusion ou avoir inhaler des vapeurs de soufre, pour qu’ils soient enivrés.
Le droïde traducteur intervint et à peine eut-il fini sa phrase, que le séparatiste sourit et déclara impétueusement la défaite de ces traitres républicains. Mais si ce négociateur resta stupéfait par la complexité et par l’incompréhensibilité de ce langage, transmis depuis des millénaires, depuis sa lointaine création dans les plaines de Wystawny, il est fort probable  qu’il n’eût pas perçu que la situation allait se retourner à son avantage. Soit, il savait que ces créatures qu’ils voyaient comme des minables petites bestioles ayant une intelligence semblable à un parasite, mais ce qu’il avait redouté le plus, était une quelconque révolte de la part du camp, mais confiant et égocentrique, le séparatiste avait accompli son objectif et avait de nouveaux alliés dans sa poche, du moins temporairement. D’autres conseillers qui l’accompagnaient, annonçaient en hilarant, le crépuscule de l’Organisation.



Le général Japet, semblait avoir négligé les valeureux Lumyen. Sa tactique consistait à anéantir l’armée séparatiste composée exclusivement d’androïdes, mais n’intervenait aucunement dans l’extermination totale des guerriers indigènes, peu nombreux soient-ils… Il savait comment fonctionnaient ces autochtones, et qu’elles étaient leurs raisonnements stratégiques en cas d’affrontements, mais ces derniers étaient imprévisibles, et ils savaient le faire comprendre. Ces guerriers étaient avant tout des chasseurs habiles et délurés, et ils pourraient très bien tendre une embuscade inopinée, pour surprendre l’ennemi adverse.
C’est en effet ce que choisit le chef de guerre Lumyen, plus communément appelé Nyx par les siens. Son pseudonyme provenait d’une divinité guerrière, vénérée par ses ancêtres, dans les grandes plaines isolées de Wystawny, où il allait prochainement vaincre les ennemis de la Confédération Galactique Indépendantiste. Curieusement, ce meneur de troupes ne coopérait en aucune façon, parmi ses dissemblables alliés séparatistes. Il ne se souciait guère des affaires politiques inusitées de son peuple, pourtant ses convictions étaient claires, la présence d’intelligence artificielle était blâmée auprès de ses troupes.
« Lat oss ga »
La nuit était maintenant tombée, et le groupuscule Lumyen pouvait à présent partir en quête de proies républicaines. Les hautes herbes des innombrables plaines, qu’offrait la planète, furent les alliées indirectes de ces intrépides guerriers. Ils y étaient. Un camp militaire était en effet installé, non loin du quartier général où se tenait le Général. Il servait sans aucun doute, d’avant-poste, mais à priori, les soldats humanoïdes semblaient s’être dispersés dans les bocages voisins. Les indigènes firent de même, néanmoins le chef de guerre indiqua à ses acolytes d’empoisonner les soldats aux casques blancs, pour permettre une attaque plus furtive des camps alentours.
Les séparatistes avaient donc visiblement tout prévu. Ils savaient que les républicains avaient coupé leurs moyens de communication durant le bombardement des explosifs IEM, qui risquaient éventuellement de griller ces objets technologiques, vitaux à la République Galactique en temps de conflits internes. La tactique était donc irréprochable. Il ne suffisait qu’à convaincre les Lumyen, d’exécuter la délicate opération, qui nécessitait l’intervention absolue, d’une main-d’œuvre qualifiée et expérimentée dans de telles circonstances, et le tour était joué. La clé de la résolution de la bataille semblait donc être entre les mains des séparatistes. Mais la procédure n’était pas encore accomplie, et le plus laborieux restait à faire.
Les "commandos" Lumyen se trouvaient donc parmi la mer végétale. Leur habileté leur permit de gravir les imposants arbres, qui étaient disposés de façon rectiligne, forcément créée de la main d’un autochtone. Nichés sur les imposantes branches mordorées, ils pouvaient observer de là-haut, le groupe de soldats clones qui eux, examinaient les environnements alentour, mais ne se souciaient guère de leurs deux compagnons, qui furent tués dérisoirement, tout près d’eux, à coup de flèches empoisonnées. Les armes confectionnées par les indigènes n’étaient pourtant qu’obsolètes, cependant la patrouille républicaine fut anéantie, en un seul claquement de mains.
Le plan fonctionna à merveille. Les trois pelotons que formaient auparavant les postes de garde avancés furent néantisés, et le quartier général républicain était sans défense, du moins extérieurement. Le commandant Nyx et ses troupes se rendirent en direction du principal campement, qui était composé d’armes et de véhicules, assurant également le ravitaillement des munitions et du carburant aux soldats. La concentration de clones était plus importante que ceux précédemment tués. La tâche serait donc plus complexe, mis à part ceux qui repartaient au front, armes sous leurs épaulettes.
Nyx allait faire profiter prochainement ses capacités des dresseurs, des monstres avoisinants. Les Corinathoths, sont les monstres les plus répandus de Wystawny, ce sont des créatures inoffensives néanmoins, de vifs mouvements les agitent vivement, et ils perdent tout contrôle d’eux-mêmes. Un fameux bouc émissaire, qui allait faire perdre l’attention portée sur les guerriers indigènes. Inopinément, le troupeau composé de Corinathoths assaillit les troupes républicaines totalement abasourdies. Sur l’autre flanc, les quelques indigènes tirèrent prestement sur la cinquantaine de soldats, dont certains n’étaient pas armés, faute de prévention, et d’attaque soudaine. Les Lumyen ne risquaient donc pas d’être atteints, et leurs pertes étaient minimes. La lourde riposte des créatures affaiblit considérablement la totalité des clones répartis à l’intérieur du baraquement provisoire. En l’espace d’un quart d’heure, l’ensemble des troupes menées par les généraux républicains furent réduites à néant.
L’objectif était dorénavant clos. Il ne manquait plus que le coup de feu final, qui allait déterminer la fin de la bataille, et la victoire d'une des factions, encore incertaine pour les séparatistes.
La bataille terrestre se déroulait en grande faveur pour la Confédération. Les Lumyen qui, s'étaient alliés aux propos du diplomate étaient d'une grande aide pour les séparatistes dans leurs opérations éclairs, rapides et précises. Le genre de guerre que l'on nomme "Guérilla" était un art de la guerre qui s'appliquait sur tous types de terrains pourvu que l'attaquant en eût les moyens, que cela soit un milieu de type "jungle" ou même urbain. Et assurément, les indigènes Lumyen étaient dans leur terrain de prédilection. Connaissant leur planète comme leur poche, les rusés indigènes réussirent à tendre des embuscades rapides et efficaces, qui dissipèrent considérablement l’armée ennemie. Quant aux combats spatiaux, c'était autre chose. Les récentes informations fournies au datapad d’un dirigeant séparatiste vers la tombée de la nuit indiquaient une présence d'une importante flotte de l’Organisation ; le nombre de vaisseaux de guerre indiquait dix-sept engins spatiaux de classe standard. Une flotte bien entendu conséquente, mais les vaisseaux séparatistes pouvaient rivaliser contre ces prétendus débris qui n'étaient encore que des transports basiques, bien qu'ayant une importante puissance de feu. Si les forces terrestres de l’Organisation venaient à tomber, ils devraient alors évacuer en vitesse et leurs engins de guerre étaient là pour ce cas de figure également. Sans appuis terrestres, les forces spatiales étaient au second rang. Surtout du fait que ce n'était pas des chantiers qui par ailleurs étaient pris pour cible, mais la planète. La planète et ses ô combien nombreuses richesses...
Le dirigeant séparatiste avait positionné ses forces aux points stratégiques des installations. Les dites installations étaient par ailleurs entourées du sinistre piège mortel. A savoir de puissants explosifs qui étaient positionnées tout autour des usines de traitements et d'extractions. Le soleil, à son apogée, projetait des rayons si puissants et radieux, qu’ils frappaient sur les coques métalliques des androïdes, leur donnant cet aspect vivant de la vie, qu’ils détruisaient au fil de leur marche perpétuelle. Mais ce n'est qu'à la nuit tombée qu’il découvrit les rapports finaux des combats. Tout se passait sans encombre pour l'instant, et il fallait que cela dure un maximum de temps. Les séparatistes croyaient à la victoire, mais continuèrent néanmoins à rester sur leurs gardes.
Les protagonistes de cette interminable hostilité  parvinrent à forcer le blocus, qu’avaient formé les humanoïdes clonés. Néanmoins, la puissante artillerie des forces de l’Organisation retint les indigènes en compagnie de leurs alliés métalliques, qui ne faisaient office que de simple bouclier, certes peu efficace sous le feu sempiternel des fusils, qui n’en faisaient qu’une seule bouchée… Les chars d’assaut blindés ne valorisaient aucunement la force de frappe des soldats. En effet, malgré le grand nombre de ceux-ci, déployés sous les ordres instinctuels de leur Général, la stratégie Lumyen resta plus circonspecte en ce moment précis. L’habileté déconcertante des autochtones surprit une fois de plus les soldats de tout camp confondu. Leur armement remplacé par des armes plus sophistiquées et aptes à de tels affrontements, permirent d’éliminer en un temps considérablement réduit, les premières rangées de chars.
Les hautes herbes omniprésentes en ce lieu, ne favorisaient bien évidemment pas les troupes terrestres, inhabituées à cet environnement, tout comme les androïdes, qui voyaient leurs jambes articulées prisent, dans cet écosystème sauvage. Une nouvelle stratégie militaire devait donc voir le jour dans le camp de l’Organisation. Un simple lieutenant tout juste promu, eut l’idée ingénieuse de bombarder une épave d’un vaisseau écrasé depuis peu, de détonateurs thermiques, de sorte à produire une explosion considérable à l’aide du carburant qui serait donc déversé par la force de l’explosion, dans le seul but d’affaiblir et plausiblement décimer les derniers rangs autochtones. Ce fut le cas. Repliés dans de vastes tranchées, qui servaient de refuge aux clones, les chars d’assaut finirent le « boulot ». L’armée androïde présente dans cette zone n’était plus apercevable. Il n’en restait aucun. Seule une vingtaine de Lumyen, combattaient encore valeureusement pour le compte de la C.S.I, toutefois ils périssaient un à un, des tirs si impétueux des fantassins humanoïdes. La Confédération Galactique Indépendantiste ne pénétrerait donc jamais dans le bastion tenu si infailliblement par les vainqueurs de cet effroyable combat.
Le camp séparatiste semblait comme une âme en peine. La mission diplomatique usuelle qui avait été décernée au dirigeant séparatiste, semblait misérablement tourner au désastre. L’importante flotte formée autour de la surface de la planète Wystawny, qui était sous la décision stratégique des amiraux républicains, paralysait totalement le flux des cargos et autres vaisseaux spatiaux jusqu’à la planète, tout comme pour en sortir. Le Général Japet avait finalement renversé l’un des derniers pions de la table d’échecs, que composait le camp séparatiste…
Nonobstant, une lueur d’espoir émergea auprès d’un général rallié à la C.G.I. Un plan de sauvetage de dernière minute était possible, depuis le point le plus au nord de la planète. Pour être plus précis, le point le plus élevé de Wystawny. C’était en réalité un plateau de plus de huit mille mètres carré, totalement délaissé, excepté par les séparatistes, qui avaient installé à cet endroit isolé, une plateforme d’évacuation en cas d’extrême danger. Donc, le cas présent.
Ce vaste terrain n’était composé que de trois vaisseaux du Techno-Syndicat. Seulement 1050 personnes pouvaient être évacuées, dont l’orgueilleux et singulièrement le proactif dirigeant séparatiste, qui pensait tout particulièrement à sa propre survie. Les réacteurs de ce type de vaisseau étaient particulièrement puissants, et la flotte dirigée par le commandant républicain en charge des opérations, ne verrait aucunement, du moins aussi inopinément, les vaisseaux de sauvetages utilisés par les derniers rescapés. La rapidité déconcertante de ces navettes amènerait les réchappés loin de ce chaos, en un temps limité par le fait de l’hyperpropulsion perfectionné.
Les Lumyen ? Que faire ? Rien. Cette alliance était uniquement un faux-semblant, dans le seul but possible de vaincre les troupes de l’Organisation Galactique, et encore… La préoccupation principale des séparatistes n’était pas de s’allier avec ce peuple archaïque, mais de profiter de Wystawny, monde isolé, rempli de richesses souterraines.
Qu’adviendrait donc la totalité des minerais extraits de l’écorce terrestre ? Quelle question ! Les séparatistes avaient peut-être perdu cette fâcheuse bataille, cependant  les séparatistes avaient imaginé un échec envisageable. Ils avaient donc pris soin d’ordonner aux androïdes sous leur tutelle de poser des charges explosives à divers endroits des mines, de sorte qu’au moment de l’explosion, la totalité des cavernes souterraines s’effondrent pour ne laisser aucun passage possible pour les patrouilles républicaines, qui ne tarderaient pas à déblayer le terrain, des piètres androïdes métalliques. Le reste l’importait peu. Après tout, ils avaient déjà encaissé plusieurs millions de crédits à la suite de ces extractions, et ce n’était pas le reste de minerais qui le ruinerait.
Trois longues heures d’attente, jusqu’à regrouper la totalité des membres dits importants aux yeux du conseil séparatiste. Il ne restait plus qu’à charger les androïdes inutilisés durant la bataille dans l’ample soute des navettes spatiales. Le signal était donné. Les systèmes de localisation, notifièrent que la flotte adversaire était dans l’incapacité de  toucher les navettes diplomatiques du C.G.I. Le bruit des réacteurs s’amplifia jusqu’à atteindre le paroxysme de la cacophonie.
Un simple activateur entre ses mains, le général séparatiste n’avait qu’à exercer une simple pression à l’aide de son doigt pour tout faire exploser. Le vide spatial ne laissait ouïr aucun son. Seul un nuage de cendre volumineux englobait une région désormais sinistre, auparavant vierge et éloigné de tout conflit…
« C’est somptueux… »
Visiblement, la défaite séparatiste n’était que « mineure » aux yeux des derniers généraux encore vivants. La seule importance à leurs yeux, était le fait d’avoir récolté un nombre suffisant de ressources et de matières premières, pour remporter l’ultime bataille…
Jorick Brillant

La bataille


Dans un monde noir et blanc, sur un champ de bataille de la même couleur, deux armées bien rangées s’affrontent, leurs troupes menées par un roi mais manipulées par un inconnu maître-stratège. Deux armées, un seul même but partagé entre les deux camps opposés.
Soudain, les premiers mouvements de troupes commencent : un simple fantassin s’avance puis l’autre camp fait de même. Les combattants avancent, reculent se croisent et s’entre-tuent. Puis le camp aux couleurs sombres envoie la cavalerie : un soldat ennemi est tué. Le maître-stratège du côté obscur a frappé. Mais le général du côté clair ne va pas se laisser abattre, il contre-attaque.
Sa revanche ne se fait pas attendre : un guerrier fou abat le fier cavalier victorieux. La bataille continue mais les guerriers se trouvent en nombre limité. Les cerveaux stratégiques redoublent d’effort, ils réfléchissent à la meilleure stratégie pour perdre le moins de combattants possible et tuer le plus d’ennemis. Parfois les décisions du commandement mettent du temps à arriver aux troupes qui n’attendent que de combattre et parfois elles arrivent très vite, mais ces décisions ne sont pas très bien pensées et sont des actes maladroits qui font plus perdre des hommes amis qu’ennemis.
La situation se fait plus dure lorsque l’on perd ses meilleurs atouts lors d’un combat : le camp sombre a perdu un de ses rares cavaliers, ce n’est peut-être qu’un seul guerriers, mais une unité importante qui défendait un point stratégique du champ de bataille, qui est alors laissé à son adversaire. Un avantage fragile et souvent éphémère. En effet : les guerriers de ce combat doivent se déplacer souvent au risque de se faire tuer en restant immobile.
Une tour de combat sombre approche : le guerrier fou est menacé. Il part et s’approche de la cible numéro 1 : le roi ennemi  qui s’empresse de fuir. Le guerrier ne peut pas le suivre. Un soldat en armure claire s’avance de son rang puis le semblable opposé du guerrier fou victorieux sort du sien avec son attitude menaçante. Le combat se fait de plus en plus serré.
Les heures passent. Le nombre de guerrier perdus dans les deux camps augmente. Le camp clair à perdu sa reine guerrière : désavantage stratégique extrême. La situation est de plus en plus tendue, les deux maîtres-stratège redoublent d’efforts, les ordres mettent du temps à arriver aux soldats.
Les heures passent…  Lentement… Très lentement… La bataille est presque à l’arrêt et la guerre s’éternise.
Soudain, un grondement du tonnerre se fait entendre au dessus des guerriers à l’arrêt, puis un objet massif s’écrasa à côté du champ de bataille et fit trembler les derniers combattants encore debout. Un poing.  Et une voix s’éleva :
« - Eh ! Réveille-toi ! » Dit la voix du stratège du côté sombre.
« - Hein ? Quoi ? » Fit son adversaire à moitié endormi durant sa réflexion.
« - Tu fais n’importe quoi. En déplaçant tout tes pions vers mon roi tu n’as pas défendu le tien. Regarde », il lâcha une réplique célèbre d’un film célèbre, « exécutez l’ordre 66 : échec et mat pour toi. »
Sur ces mots, l’armée noire l’emporta sur l’armée blanche dans une nouvelle bataille sur l’échiquier noir et blanc.
Baptiste Lecaudey

  

Juste un regard

Bip Bip Bip Bip Bip…
Comme tous les matins, je l’entendis sonner inlassablement, sans qu’il ne puisse l’arrêter. Je me précipitai dans sa chambre et éteignis ce réveil qui faisait un bruit épouvantable. Je le secouai le plus doucement possible.
-       Réveille-toi mon chéri, chuchotai-je à son oreille. J’ai préparé le petit déjeuner.
Il me répondit par un grognement sonore. J’insistai et il finit par se redresser.

Maman me réveille. J’ai faim. Manger. Envie irrésistible de manger.

Il tendit les bras. N’importe qui d’autre n’aurait pas pu comprendre ce que cela signifiait. Mais moi, sa mère qui restait avec lui en permanence, je ne pouvais ignorer le sens de ses gestes. Son estomac devait encore faire des caprices et il ne pouvait que céder. Et moi aussi. Avec peine, je l’installai sur son fauteuil et le poussai jusqu’à la cuisine. Cela faisait longtemps que je n’avais plus la force de le porter. Mes articulations fragiles me l’interdisaient, et nous avions dû nous procurer un fauteuil adapté pour notre fils quelques années auparavant.
A table, je l’observai.
Trisomie 18, duplication du chromosome 18, syndrome d’Edwards, tant de noms. Mais pour moi ils ne signifiaient qu’une chose : la maladie qui allait accompagner mon fils de sa naissance à sa mort. Il était un miracle à lui tout seul, les médecins ne cessaient de me le répéter. En général, les enfants atteints de cette trisomie ne vivent guère plus de quelques semaines. Mon fils allait pourtant bientôt atteindre ses 13 ans, et il était un cas rare. C’était ma petite pierre précieuse. Un bijou discret qui suscitait l’attention d’un bon nombre de personnes. Un bijou lourd et coûteux qui néanmoins ne serait jamais échangé.

Manger. Juste manger.

Il me regarda de ses yeux si expressifs et je me sentis une fois de plus démunie devant ce flot d’émotions que je pouvais apercevoir dans son regard. Comme toujours, je l’aidais à manger. L’aider à tout faire était rentré dans mes habitudes, et je l’accompagnais presque partout où il allait. Mon autre fils, Ellian, entra dans la pièce et s’installa, en face de son frère… jumeau.
A voir mes deux Trésors assis face à face, je ne pus m’empêcher d’éprouver une certaine fierté. Ils se ressemblaient malgré quelques différences marquées notamment par des difformités provoquées par la maladie.
- Bonjour, Ellian, dis-je en souriant.
Il me répondit poliment et salua son frère qui ne répondit pas. Je les observai ; si l’un était trisomique 18 et l’autre était tout ce qu’il y avait de plus sain, ils arrivaient néanmoins à avoir une relation digne d’une fratrie enviable. La maladie de son frère n’altérait pas l’attachement que portait Ellian à celui-ci. Plus jeune, il s’était souvent demandé pourquoi celui avec qui il partageait sa vie était différent de lui, mais je lui avais expliqué qu’il serait toujours comme cela. Il avait accepté, sans broncher. Accepté de l’accepter. Accepté de l’aimer. Il passait beaucoup de temps avec son frère même si celui-ci n’y prêtait pas vraiment attention. Les enfants trisomiques 18 ont beaucoup de mal à acquérir de la conscience. Conscience du monde extérieur, de l’environnement. Pour notre part, il a fallu de longues thérapies avant que notre fils apprenne à commencer à se débrouiller pour certaines choses. Mais il a toujours beaucoup de mal à se faire comprendre. Il se contente donc de grogner, pousser des cris, faire des gestes violents, etc… Et nous devons interpréter, ce qui n’est pas facile. Mais nous essayions de faire de notre mieux et de rester présents. Une fois le petit-déjeuner terminé, Ellian finit de se préparer et sortit prendre le bus pour aller à l’école. A moi de préparer son frère.
- A ce soir, Thomas ! lança-t-il joyeusement en passant le pas de la porte.

Celui-ci émit un grognement indéfinissable. Une réponse, à sa façon. Je me mis en charge de le préparer : l’aider à se laver, à s’habiller et ranger ses affaires. Quand tout fut près, nous nous mîmes en route. Il faisait froid dehors et j’avais peur qu’il attrape froid même si je l’avais chaudement emmitouflé avant de sortir. Il avait plu cette nuit-là et le sol de l’allée était verglacé. Plusieurs fois, je manquai de glisser avec le fauteuil. J’avais extrêmement peur de glisser, et d’entraîner mon fils dans ma chute. Finalement, je réussis à atteindre la voiture et démarrer. Ne pouvant pas le faire étudier dans un collège normal, il fallait que je l’emmène dans une structure d’accueil spécialisée pour qu’il apprenne à apprendre à son rythme. Il nous fallait une heure et demi chaque matin pour y arriver, mais j’étais tout de même heureuse des progrès qu’avait jusque là effectué Thomas. Il apprenait lentement mais les résultats tirés durant toutes ces années me donnaient toujours plus d’espoir pour l’avenir.
Le long trajet terminé, sortir de la voiture me prit encore du temps, puis je me dirigeai vers le bâtiment qui avait vu s’épanouir ses progrès. Le sol glissait encore, j’avançai donc prudemment.

Froid. Glacé. Piquant. Mouillé. Glissant. Je veux avoir chaud.

Nous avancions tranquillement, mais je remarquais que les passants nous jaugeaient d’un regard qui ne me plaisait pas. Surtout Thomas. Ils l’observaient… comme s’il était couvert de boue de la tête aux pieds. Comme s’il était porteur de peste et qu’il fallait l’éviter à tout prix de risque d’être contaminé. Cela faisait longtemps que je connaissais ça. Beaucoup de gens sont incompréhensifs ou intolérants. Beaucoup, quand ils le rencontraient, le jugeaient dès le début. Si on prenait le temps de le connaître, il était attachant et mignon. Mais si on le jugeait sur son physique et sur ses aptitudes mentales et qu’on était rempli de préjugés, on risquait de rester aveugle. Trop de gens le regardaient avec mépris, suffisance, et préjugés. Mais la vérité, c’est qu’il était un être humain et méritait donc le respect accordé à n’importe quel autre. Peu importaient ses différences, peu importaient ses difficultés.
Essayant d’ignorer les regards désobligeants et les remarques murmurées après notre passage, j’entrai dans le bâtiment. La secrétaire qui nous connaissait depuis que mon fils était « scolarisé » nous salua d’un sourire chaleureux. Comme toujours, je lui laissai mon fils qui était pris en charge dès son arrivée. Je l’embrassai et lui promis de revenir le chercher très vite. Il essaya de parler mais je ne compris pas tout. Cela ne me dérangeait pas. Un jour, ça viendrait.

La remercier. L’embrasser. L’aimer. La serrer dans mes bras.

Je m’en allai, sachant que je le laissais entre de bonnes mains. D’habitude, je venais le chercher en fin d’après-midi, une fois qu’il avait terminé.
A vrai dire, à sa naissance, j’étais tout le temps paniquée car j’avais peur qu’il meure vite, comme le font généralement ces enfants. Je savais que 50% des bébés atteints de cette maladie naissaient et que 90% mourraient la première semaine. Ainsi, je m’accrochais à lui en espérant qu’un miracle arriverait. Même durant ses premières années, j’étais tout le temps sur le qui-vive, guettant un signe d’affaiblissement. Mais je finis par comprendre qu’il fallait s’attendre à tout moment à ce qu’un malheur arrive, sans pour autant arrêter de vivre soi-même. Ainsi, maintenant, je prenais chaque jour qui daignait venir comme je pouvais et le vivais, non avec amertume, mais avec espoir.
Ce jour-là, je vins le rechercher à 15 heures 30. Il paraissait agité. Le médecin m’informa qu’il avait été moins concentré aujourd’hui. J’acquiesçai, que pouvais-je faire de plus ?
A la sortie, mêmes regards des passants. Ils le dévisageaient, certains trouvaient ça drôle. Une fois rentrée à la maison, je l’aidai à manger son goûter. Ellian était rentré depuis peu et m’aida. Ensuite, il proposa d’aller prendre l’air avec son frère. J’étais d’accord, mais je me disais que s’il y avait un problème, nous ne serions pas de trop à deux. Ainsi, je les accompagnai. Dehors, il y avait beaucoup d’enfants qui sortaient de l’école. Tous, ou presque, jetèrent les mêmes regards méprisants. Aucun bonjour. Des moqueries criées. La vie était trop injuste. Mais Thomas restait silencieux et je l’imitais. Nous écourtâmes notre promenade car les remarques devenaient incessantes et étaient très désagréables. Depuis que mes fils, ou plutôt depuis que mon fils était né, bon nombre de mes « amies » étaient parties voir ailleurs. J’avais perdu beaucoup de gens intolérants et méprisants.
Rentrés à la maison, je m’employai à préparer le dîner. J’avais décidé de faire quelque chose que préférait Thomas. Alors que j’avais presque fini de préparer le repas, j’entendis un bruit sourd à l’étage. Inquiète, je me précipitai hors de la cuisine et bondit dans les escaliers. Thomas était dans sa chambre : son fauteuil renversé et lui qui gisait à côté en suffoquant. Je le rejoignis, sa respiration était irrégulière.

Aimer. Embrasser. Ne plus faire souffrir. Se débrouiller. Parler, lui dire. Continuer. Ne pas abandonner. La libérer.

- J… t-t’aime, chuchota-t-il dans un dernier effort.
Je sanglotais, sans plus pouvoir m’arrêter. Je fixai ses yeux, vides, qui ne voyaient plus. Ne verraient plus. Je m’en voulais atrocement. Cette sensation de culpabilité ne pouvait me lâcher. Eh oui, les enfants atteints de trisomie 18 ont des malformations cardiaques, fatales. J’aurais voulu l’aimer encore plus, lui donner tout ce qu’il méritait. J’aurais voulu qu’un jour le monde entier voit ce qu’il était, quelles immenses qualités il avait. Mais personne n’aurait écouté. On se concentre trop sur les petits problèmes de notre infime petite vie, sans se douter que d’autres échangeraient volontiers, pour survivre. Il a toujours aimé, et ça, beaucoup de gens « normaux » ne peuvent prétendre à un tel exploit. Nous restons aveugles, et handicapés moralement car nous ne nous préoccupons pas de ceux qui ont besoin qu’on les soutienne.

7 minutes pour l’éternité


Je m’appelle Lara Saramon. Je vais vous raconter le pire épisode de ma vie, mais aussi le plus beau. C’est triste à dire, que l’affreux peut être magnifique, mais c’est ainsi. De chaque horreur, il faut tirer le meilleur afin de mieux le supporter.

J’ai longtemps rêvé de la famille idéale, la famille parfaite que je voulais construire. Comme toute jeune fille bercée par les contes de Grimm et les studios Disney, je souhaitais me marier et avoir une ribambelle d’enfants courant dans le jardin et faisant pleins de bêtises. Je voulais désespérément pouvoir appliquer à mon histoire la phrase : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Mais que se passe-t-il avec les enfants ? Ni Andersen, ni Perrault n’ont conté l’histoire de leurs héros après le mariage et quand les enfants –donc les soucis- arrivent. Comment pouvais-je imaginer que l’idylle que je souhaitais pouvait virer au cauchemar comme un beau gâteau peut devenir noir si on le laisse trois minutes de plus dans le four ? Je me suis souvent demandée ce que j’avais bien pu faire pour mériter ça, mais j’en suis rapidement venue à la conclusion que certaines choses arrivent comme ça et qu’il faut les subir et s’adapter.

Sept minutes. Sept, pas une de plus, ni une de moins. Sept minutes d’angoisse et de peur, de joie et d’émerveillement. Sept minutes qui m’ont fait souffrir mais que je n’échangerai jamais.

Au commencement…
La nouvelle tomba d’un coup, sans prévenir. J’étais enceinte. J’avais tant attendu cette grossesse, le moyen pour moi de commencer à construire notre petite famille. Nous prévînmes toute notre famille, nous étions tous si impatients et heureux ! Je m’imaginais déjà avec mon petit bébé dans les bras, en train de lui lire des histoires. Nous nagions dans le bonheur complet.

Dix semaines plus tard, première échographie. Mon mari et moi étions excités. Nous y allâmes, confiants et souriants. Comme c’était ma première grossesse, j’étais bien sûr un peu stressée, mais ce soupçon d’inquiétude fut vite chassé par la joie. Après tout, il n’y avait pas de raison de douter, n’est-ce pas ?
Il s’avéra que notre petit chéri n’était pas très gros. Le docteur arborait un air grave. Que se passait-il ?
« - Votre grossesse n’apportera pas la vie, dit-il simplement, comme si c’était une annonce anodine. Votre enfant est atteint d’anencéphalie : elle risque de mourir avant, pendant ou très peu après la naissance. Je vous conseille très fortement d’avorter. »
Coup de poignard. Quoique non, cela aurait fait moins mal. Que voulez-vous répondre à cela ? Je vous laisse imaginer ma réaction, celle de total ébahissement. Je crus ne pas comprendre tout de suite. Puis, je balbutiai quelques phrases incompréhensibles.

Nous rentrâmes chez nous, incapables de dire quoi que ce soit. Nous étions tellement surpris… Quand nous fûmes capables de parler, nous décidâmes qu’il était hors de question de se séparer de notre enfant. Nous nous documentâmes sur cette maladie, et elle était bien horrible. Pas de tronc cérébral, pas de conscience. Pas ou peu de vie. Miracle : quelques semaines de vie…
Ma famille fut bientôt à mes côtés. C’est fou ce que des événements dramatiques peuvent vous rapprocher des vôtres. Quand vous voulez organiser des réunions de famille, les gens n’ont jamais de temps à vous accorder, ils ont toujours mieux à faire. Ce n’est que quand il vous arrive quelque chose de grave qu’on se prend à s’attendrir et qu’on éprouve de la compassion à votre part. Tous les sujets de discussion convergent vers vous seul, vous êtes le centre de l’attention, malgré vous. Ma famille me choya, je dois dire, durant ces quelques moi. Elle resta à mes côtés, surmonta la peine avec moi, mais je persistais à m’envelopper régulièrement d’une bulle impénétrable pour n’importe quelle personne exceptées moi et mon bébé. Nous apprîmes un peu plus tard que c’était une fille : elle porterait le nom de Jameela, peu importe combien de temps elle continuerait à vivre. Je m’enfermais dans ma chambre et était capable de passer plusieurs heures à caresser mon ventre et parler à ma fille. J’allais faire plusieurs tours en ville, pour lui montrer ce qu’elle ne pourrait sûrement pas voir une fois sortie. Je lui parlais des monuments historiques de la région, allait au parc avec elle. Nous avions nos moments privilégiés, mais elle était bien là, avec moi, et je profitais de chacun de ses moments comme si c’était le dernier. J’allais dans le jardin, et lui montrai mon potager. Avec elle, je continuai à m’en occuper. Au fond du jardin, derrière les salades, je plantai un rosier, symbole de l’amour qui m’unissait à ma fille. Il m’est souvent arrivé de la comparer à une fleur : sauf que je savais pertinemment qu’elle serait arrachée du sol avant d’avoir eu le temps de s’épanouir.
Mon entourage acceptait silencieusement mes absences et ma passivité. Je sentais bien le malaise que j’installais quand je rentrais dans la pièce, mais je n’étais pas encore émotionnellement assez forte pour essayer d’y remédier. Je mis beaucoup de temps avant de commencer à me confier aux autres ; pendant plusieurs semaines, ma vie fut un puits sans fond. Je plongeais, et je ne faisais rien pour arrêter ma chute. Réussir à remonter à la surface ou m’écraser en bas n’avait pour moi plus la moindre importance. Pourtant, je réussis. Je réussis à faire abstraction de ma souffrance et à me rendre compte que pour me guérir, il fallait d’abord que j’ouvre la bouche. C’est vers ma belle-sœur que je me tournai en premier, jugeant que les explications viendraient plus tard pour mes frères. Celle-ci, qui avait eu la délicatesse de venir sans amener avec elle ses deux enfants, fut très touchée par « le courage dont j’avais fait preuve pour venir lui en parler » et fut ma confidente jusqu’aujourd’hui. Je formulai le souhait de réunir toutes les affaires que j’avais déjà acheté pour elle. Elle m’aida et, artiste confirmée, se proposa de construire une boîte pour les ranger. J’hésitai ; emballer toutes ses affaires était comme commencer un deuil prématuré. Et je n’y étais pas préparée. Je préférais les observer pendant des heures, en confiant mes pensées à celle qui en était digne. Il serait impossible de décrire ma douleur. Je savais que j’allais donner la vie, mais qu’en même temps j’allais la retirer. J’avais même peur de ne jamais connaître ma fille. Je trouvais cela injuste, et non-logique. Pourquoi devait-on enterrer ma fille avant moi ? Peu à peu, je me confiais de plus en plus. Je perçais de plus en plus la paroi qui jusqu’à maintenant, me séparait du monde extérieur. J’essayais de reprendre un cours de vie normal, faisant tout pour rejeter les noires pensées qui me hantaient depuis déjà trop longtemps. Les échographies se succédaient, toutes aussi annonciatrices de la mort.

Puis vint le moment de la catastrophe. Le médecin, qui nous désapprouvait dans notre choix, nous annonça qu’il fallait décider du jour de naissance (« et de décès » avait-il ajouté chaleureusement) de Jameela. Comme il fallait déclencher l’accouchement, nous pouvions nous-mêmes choisir. Nous étions le 20 mai ; notre choix se porta sur le 29, jour de la fête des mères. C’était notre cadeau et il était inestimable. Le 27, j’allai à l’hôpital. Je me sentais mal, elle donnait des coups comme si elle savait ce qui allait se passer. Je pense honnêtement qu’il est tout à fait inutile de préciser dans quel état mental j’étais. Je me maudissais intérieurement. Ma belle-sœur restait à mes côtés, me tenant la main et me chuchotait des paroles réconfortantes.

29 mai
Elle ne resta parmi nous que 7 minutes, mais elle passa entre les bras de toute la famille présente. Je voulais qu’ils la rencontrent au moins avant qu’elle parte, pour la première et la dernière fois. Je voulais qu’ils puissent dire qu’ils l’avaient connue, qu’ils l’avaient portée dans leurs bras. Qu’ils avaient été attendris par sa petite tête, son petit visage rond. Elle avait eu mes yeux chocolat, mais j’aurais aimé savoir s’ils auraient évolué après. Cependant, je devais m’en contenter. Ma mère prit bien entendu des photos, voulant immortaliser ce (seul et unique) moment.

Dans le jardin, la fleur avait fané, une seconde fois. C’était comme si elle était morte deux fois : première fois physiquement et seconde dans mon cœur. Ce fut le trou noir.


Le soleil nous aveuglait, nous tous qui aurions préféré ne pas avoir à venir. Nous étions tous réunis, le visage fermé. La chaleur de ce début d’été nous faisait regretter nos vêtements sombres. C’était à mon tour de parler ; je sortis un bout de papier de ma poche et le dépliai :

A Jameela 
           
Ta vie a été courte parmi nous, mais jamais nous ne t’oublierons. Dans ta vie, tu auras fait l’unique connaissance de personnes extraordinaires à l’intérieur desquelles la marque de ton sourire restera indéfiniment.

Je regrette de n’avoir jamais pu savoir quelle fille tu aurais été, quel serait ton caractère. Tant de choses que je n’aurais jamais eues me manqueront. Je regrette de ne jamais savoir quelle aurait été ta couleur préférée, quels auraient été tes passe-temps, et je regrette tellement de parler au conditionnel. J’aurais voulu te défendre, te protéger, mais j’en ai été incapable. Quelle mère  impuissante j’ai été !

Néanmoins je te laisse partir avec tout ce que cela implique. Je ne t’oublierai pas mais je dois en contrepartie te laisser. Tu m’auras beaucoup plus appris que n’importe qui d’autre n’aurait pu le faire en si peu de temps. Je suis contente que tu n’aies jamais à affronter la dureté du réel et à supporter le fardeau d’une longue existence sentimentale. Toute mère veut que son enfant ne souffre pas, et ce n’a pas été ton cas, ce dont je suis soulagée. Si tu avais survécu, tu aurais souffert de ta différence et du regard des autres. Personne ne pourra plus te faire de mal. Je t’accorde cependant cette sépulture car je tiens à ce que ton existence soit affirmée. Tu as existé, peut-être pas longtemps, mais tu l’as fait et pour moi cela n’a pas d’importance. Tu seras toujours ma fille.

Ce qui est important, ce n’est pas la durée de ton existence mais ce qu’elle m’a apportée, l’impact que tu as laissé sur moi.

Ta mère

Ces paroles furent brûlées, devant la fleur qui avait miraculeusement repris pied avec un peu d’eau et d’amour.

Sirine Bencheikh
En hommage à Anouk, Annalise, Anne-Lise, Ariel Elisabeth, Benedict Oliver, Benjamin, Brandon Michael, Caleb, Charles, Charlotte Mary, Daniel, Emily, Emily Rose, Emma, Jasmine Faith, Jesse, Jessica, Jessica Marie, Kristina Marie, Kate Madeleine, Laura, Loren Joseph, Mary Elisabeth, Matthew Bradley, Michael, Cherise, Michaela Hope, Moriah Faith, Myriam, Nathan, Samuel, Sara, Sophie, Tobiah, Anna, Hope, Michaela Ann, Jonathan David, Katelyn Joy et Marion, enfant morts d’anencéphalie.